En marge de la visite de la basilique d' Avioth … le portail de l'église de Mont-devant-Sassey
 
Trois joyaux du patrimoine religieux médiéval en Lorraine septentrionale : l'abbatiale de Mouzon, la basilique d'Avioth … et l'église de Mont-devant-Sassey. Les deux premiers sont bien connus, le dernier sans doute moins. Et avec le retour des beaux jours …
Mont-devant-Sassey, à quelques kilomètres au nord de Dun, se dresse sur la rive gauche de la Meuse, adossé aux contreforts du massif ardennais - le site est magnifique ! C'était une terre périphérique des chanoinesses d'Andenne, en Namurois, qui y reconstruisirent l'église au cours du XIIème siècle. L'édifice roman ne manque point d'intérêt architectural (notamment la configuration particulière de sa crypte non-souterraine …) et je vous renvois aux belles pages du site qui y est dédié par une dynamique association locale https://www.mont-devant-sassey.org/
Je voudrais ici recentrer l'attention sur le beau portail sculpté, datable probablement des premières décennies du XIIIème, aménagé dans la foulée de l'achèvement des travaux alors qu'émergeait lentement une sensibilité plus ''gothique''. Dans sa composition générale, il évoque ce que fut celui de Mouzon, réalisé sans doute quelques décennies après, avant sa mutilation de 1828 (destruction de tout ce qui était en saillie, déplorait fort justement François Souchal, L'Abbatiale de Mouzon, Cahier d'Etudes Ardennaises n°6, 1967 ). Ou encore celui du flanc sud d'Avioth, beaucoup plus tardif, et privé aujourd'hui de ses statues-colonnes.
En fait, il s'agit du « seul portail lorrain du XIIIème siècle à avoir gardé l'ensemble de ses sculptures », rappelle Marie-Claire Burnand dans son ouvrage (indispensable!) consacré à La Lorraine gothique et édité par l'université de Nancy II, 1980.
 
 
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Photographie 1 : Mouzon (milieu XIIIe s.)
 
Par-delà son attrait esthétique, on le sait moins, il révèle aussi une mutation spirituelle et artistique majeure, opérée avec la naissance de l'art roman et prolongée pendant les siècles gothiques : l'affichage sur les façades des sanctuaires de programmes iconographiques jusqu'alors réservés au décor intérieur (où ils se déclinaient sous la forme de mosaïques, de peintures, d'éléments sculptés). C'est-à-dire au contact direct des fidèles …
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Photographie 2 : Façade occidentale de la cathédrale de Laon (vers 1200, une génération avant Reims.Tympan, linteau, voussures et piédroits: une ''formule''appliquée à Mont- devant-Sassey, Mouzon et Avioth.(les statues-colonnes datent ici du milieu du XIXe s.)
 
Alors surgissent les tympans et les linteaux, autant de proclamation en pierre de la parole divine (pendant une période relativement courte, 4 siècles, 5 au maximum, notons-le!) . Et en monumentalisant les portes des grandes églises, en les ébrasant obliquement vers l'extérieur, des supports supplémentaires allaient augmenter les surfaces livrées aux ciseaux des artisans de la pierre, non seulement les voussures , mais aussi la retombée de leurs arcs, qui allaient s'orner de statues-colonnes, descendant quasiment au niveau des fidèles. Un réel choc dont on éprouve quelques difficultés à en saisir aujourd'hui l'ampleur ! Un peu comme si les ''artistes'' de Chauvet, d'Altamira, de Lascaux allaient s'extraire des noires profondeurs de leurs grottes et poursuivre leur travail de ''peinture'' et de gravure pariétales au grand air …
A Mont-devant-Sassey, les thèmes iconographiques du tympan et du linteau restent ''romans'' (Christ en majesté, et scènes de l'enfance du Christ, traités sans grande finesse, certes, mais ancrés dans la société paysanne contemporaine). Quant au programme des piédroits, il joue sur la dualité entre le Monde de la Loi (Ancien Testament) à droite, et celui de l'Accomplissement (Nouveau testament) à gauche. Entre les deux, le trumeau devait porter probablement une statue de la Vierge.
 
 
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 Photographies 3 et 4
 
Dix figures se font face et se répondent en quelque sorte : à droite Eve, Adam, Noé (?), Abraham tenant son fils Isaac et Salomon ; à gauche, Marie et l'Ange de l'Annonciation, Jean l'Evangéliste (reconnaissable à sa tête juvénile), Jean-Baptiste, et, représentation originale, Ezéchiel tenant une maison d'où s'échappe un torrent (allusion à son « Songe » annonciateur de la Passion christique). En opérant un demi-cercle, le fidèle partait d'Eve (celle de la Chute) et, après un long cheminement, aboutissait à Marie (la Réparatrice) . « EVA/AVE », écrira plus tard René Dürrbach à la basilique de Mézières...
(suite et fin mercredi prochain)
(photos P.S.)

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