Notes de lecture (4) – A propos du dernier numéro de Maugis,
spécial « Quatre Fils Aymon »
(n°75 de la revue des Amis de l'Ardenne, mars 2022)
 
 
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Lorsque la revue des Amis de l'Ardenne a pris le nom de « Maugis », tôt ou tard, elle se devait d'aborder le thème des Quatre Fils Aymon … Eh bien, c'est fait avec ce n°75. Un beau numéro, qui donne la parole à nos célèbres Aymoniens (Gérard Baudoin, Francis Laux, …) et le ''pinceau'' au flamboyant « auteur-imagier »Yann Lovato. Diversité (fort compréhensible) des sensibilités des contributeurs, certes, mais « qui relèvent de la même passion pour le mythe ardennais de Bayard et des 4 frères », comme le souligne Albert Moxhet dans l'éditorial. Pour ma part, je retiendrai volontiers l'article de Philippe Verelst, professeur à l'Université de Gand, auteur d'une thèse sur « Renaud de Montauban », tragiquement disparu à la veille de la parution du numéro.
 
« Légende ardennaise ou légendes en Ardennes » (G. Baudoin). Il est vrai que les Ardennais se sont largement appropriés l'histoire, au point de batailler ferme, par exemple, pour obtenir l'érection du monument réalisé par Albert Poncin à Château-Regnault, face aux célèbres arêtes rocheuses, en surplomb du site castral – à propos de ce Renaud qui construisit la première forteresse, ne pourrait-il pas être identifié avec le comte de Porcien du milieu du XIe s. ? Mais « la légende a également laissé de nombreuses traces dans le folklore de diverses régions » (Ph. Verelst). Qu'importe ! J.L. Duvivier de Fortemps et C. Charlot n'ont-ils pas publié un « Guide de la Forêt des 4 Fils Aymon » ? Et visiter celle-ci, n'est-ce pas « entrer de plain-pied dans la légende » ?
 
La légende … Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Bien sûr, on cherchera (et on trouvera inmanquablement) d'inévitables points d'ancrage dans l'Histoire, des points d'ancrage spatiaux et chronologiques, variables selon les érudits (Charlemagne est-il vraiment Charlemagne ? Ne serait-il point Charles Martel ? Etc...)
Mais de quel texte parle-t-on ? Le manuscrit-source remonte au plus tard à la fin du XIIe siècle, sans doute un peu avant . La chanson de geste ''originelle'', Renaud de Montauban, catégorisée comme « chanson de révolte », appartient au cycle de Doon de Mayence ; elle va connaître des remaniements au cours du XIVe siècle ; enfin, mise en prose au XVe, elle se transforme en roman de chevalerie. Et c'est ce roman de chevalerie, à l'origine de nombreuses versions populaires, que l'on retient, sans trop le savoir, comme socle des aventures telles qu'on les connaît aujourd'hui. Comme cette version publiée en 1975 par les éditions Petitpas de Bomal (Belgique) à partir d'un texte publié à Lille au XVIIIe siècle.
 
 
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Trahison ? Pas le moins du monde, uniquement l'inévitable adaptation à de nouvelles sensibilités et à un nouveau lectorat. Rien de scandaleux aux yeux des lettrés du Moyen Age : « le respect de l'oeuvre est une notion moderne », rappelle l'historien de la littérature Jean-Charles Payen . Peu à peu, l'exclusivité de la diffusion orale de ces chansons de geste laisse place à la rédaction, et à la fixation, de la matière, destinée maintenant à être lue, et non plus seulement récitée. Sans que soit abandonnée les reprises, les enjolivements, les réécritures... Point de ''propriété littéraire'', point de plagiat ...
 
Et qu'en est-il des liens entre les textes littéraires médiévaux et les événements de l'Histoire ? Autrement dit, comment les historiens médiévistes peuvent-ils les utiliser ? J'y reviendrai dans un prochain billet.

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