En prolongement de la conférence et de la balade autour des ardoisières de Rimogne.

     La conférence, passionnante, donnée vendredi dernier par Loïc Delafaite et la sortie in situ qui l'a prolongée avec profit permettent de rappeler, au besoin, l'importance des activités non agricoles dans l'économie des campagnes médiévales (ardennaises ou non). Monsieur Delafaite a abordé, sur le temps long, l'exploitation ardoisière. C'est vrai qu'à Rimogne et au Châtelet les monastères jouèrent un rôle prépondérant, mais il ne faudrait pas oublier que leur implantation sur les gisements ardoisiers résulta de l'indispensable autorisation des maîtres du sol (et du sous-sol), les seigneurs – ici les seigneurs de Montcornet et leurs vassaux (cadets du lignage) des deux villages (1). Une forme de partenariat économique particulièrement lucratif au regard du dynamisme des activités, favorisé par la proximité de l'axe routier transversal articulé autour de Mézières ; et il ne serait certainement pas exagéré de parler d'une ''situation'' proto-industrielle, même si la production de viande et de laine d'ovins restait prépondérante dans les grangiae des moines.

 couverture en faissiaux corrigée

Couverture en ''faissiaux'' (Maison de l'Ardoise de Rimogne, photo P.S.). Des éléments en ont été retrouvés dans les ateliers de la basse-cour du château de Montcornet (datables du XVIe s.) 

    Parmi les activités extractives médiévales, l'exploitation ardoisière restait néanmoins très localisée et ne constituait pas la plus représentative, en comparaison aux carrières ''classiques'' (y compris de schiste) qui ponctuaient le paysage des campagnes – celle du Thour se situait près du château (2). Doit-on y rattacher l'exploitation de l'argile nécessaire à la fabrication de tuile ? Là aussi, un travail à grande échelle : en 1388, par contrat, une certaine « damoiselle Helvis demourant a Saulce » s'engagea par exemple à livrer « ung millier et demy de teules plates » au couvreur du comte de Rethel (Philippe le Hardi, qui était aussi duc de Bourgogne et arrière grand-père du Téméraire). Une femme d'entreprise avant l'heure (3) !

Helvis de Saulce corrigée

 Acte de janvier 1388 (nouveau style) (photo P.S.)

    Néanmoins, la première place revient aux moulins installés sur les cours d'eau, et souvent associés à des « pescheries ». Des moulins à usages divers : en 1459, dans la châtellenie de Montcornet que venait d'acquérir Antoine de Croÿ (4), Charroué, Haudrecy, Les Mazures, Sécheval possèdaient leur moulin à farine ; il y a en avait trois à Renwez ; celui d'Anchamps était un pressoir à huile ; à Lonny, l'installation devait être assez conséquente puisqu'elle comportait à la fois des meules à grain et une « pille à oile » ; enfin, celui de La Madelaine, au pied de l'éperon du ''Mont Cornu'' était destiné « a fouler draps ». L'exploitation de l'énergie hydraulique devait bientôt favoriser la création de forges, en plein essor dès le XVIème siècle.

    Les maîtres du sol, en ce Moyen Age finissant, commençaient à confier l'exploitation de ces unités de productions non-agricoles, mais tout à fait rurales, à des ''entrepreneurs'' privés chargés de les faire fructifier. Un modèle de mise en valeur des ressources qui avait déjà fait ses preuves dans la gestion de domaines fonciers.

     C'est par conséquent tout un pan d'activités que l'on doit prendre en considération quand on aborde la vie des campagnes. Mais qu'en était-il de la main-d'oeuvre employée ? A l'exception des granges cisterciennes exploitées par des frères convers, la documentation demeure désespérément muette : familles paysans, sans aucun doute, ouvriers spécialisés (je pense aux forges) ou non venus d'ailleurs : les transformations de la physionomie des campagnes médiévales se doublèrent assurément d'un certain brassage de populations ...

  Notes

  • J'ai donné la transcription de 14 actes concernant l'exploitation ardoisière au XIIIème siècle en annexe de mon article « Autour de la laine et de l'ardoise: un aspect original de l'économie des granges cisterciennes du Châtelet et de Rimogne au XIII° siècle » Revue Historique Ardennaise, XXXIX, 2007, p.5-43
  • Cartulaire de Saint-Nicaise de Reims, acte n°57 dans sa version publiée par J.Cossé. Bulle pontificale d'Alexandre III daté de 1169 et récapitulant les biens de ce monastère.
  • Archives départementales du Nord, B 767 (15 591), pièce 19
  • Gaston ROBERT, Documents relatifs au Comté de Porcien … , acte n° CCXXXVI

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